Marché des engrais azotés : la géopolitique au cœur des incertitudes
Sanctions européennes sur les engrais russes

Depuis le 1er juillet 2025, l’Union européenne applique un droit de douane de 6,5% assorti d’une taxe comprise entre 40 et 45 €/t sur les engrais russes et biélorusses, avec une trajectoire de hausse pouvant atteindre plus de 300 €/t à l’horizon 2028 selon les scénarios actuels. Cette fiscalité rend l’origine russe largement non compétitive pour l’urée et la solution azotée sur le marché européen, ce qui réduit fortement l’offre disponible en azote d’importation.

Sur les « petits produits » (engrais plus spécifiques ou volumes limités), la Russie continue toutefois à placer des tonnages, mais ces flux restent marginaux à l’échelle du marché azoté européen.

Mise en œuvre du MACF au 1er janvier 2026

L’Europe a validé dès 2023 la mise en place du MACF (Mécanisme d’Ajustement Carbone aux Frontières), avec entrée en vigueur financière au 1er janvier 2026 pour les engrais. Ce dispositif oblige les importateurs à acheter des certificats carbone pour compenser les émissions de CO₂ liées à la production hors UE, afin de rétablir une concurrence plus équitable avec les sites européens plus « verts ».

Pour les engrais azotés, les impacts de prix sont aujourd’hui estimés à environ +70 €/t sur la solution azotée et +50 €/t sur l’urée, en supplément des coûts déjà intégrés sur le marché. Les ammonitrates produits en France, Lituanie ou Pologne ne sont pas épargnés, car ils reposent sur de l’ammoniac d’import lui-même concerné par le MACF.

Aujourd’hui, nous proposons les produits en stock depuis fin d’année (non soumis à la taxe). Aucun importateur ne souhaite prendre le risque de subir une taxe que l’Europe pourrait suspendre du jour au lendemain…

Incertitudes géopolitiques au Moyen-Orient

Le Moyen-Orient reste un foyer de risques pour le marché mondial de l’urée. L’Iran figure parmi les grands producteurs d’azote, tandis qu’Israël est devenu un acteur incontournable de la fourniture de gaz à l’Égypte, où se situent des unités majeures de production d’urée pour l’export. Toute tension sur le gaz ou la sécurité des installations se répercute rapidement sur les prix FOB et la disponibilité des engrais vers l’Europe.

Niveau actuel des prix et ratio engrais/céréales

Depuis le printemps dernier, les engrais azotés ont connu un rebond marqué: l’azote se situe aujourd’hui autour de 130 €/t audessus des niveaux de mai, soit une hausse d’environ 32%. Dans le même temps, les prix des céréales n’ont pas progressé dans les mêmes proportions, ce qui dégrade nettement le ratio engrais/céréales pour les exploitations.

Les intrants azotés représentent déjà entre 6 et 12% des coûts de production selon les filières, et la combinaison sanctions russes + MACF + tensions géopolitiques pèse directement sur les marges des fermes européennes. Cette situation apparaît économiquement peu durable à moyen terme si les prix des productions agricoles ne suivent pas ou si des mesures d’accompagnement ne sont pas mises en place.

Conclusion

Nous évoluons dans un contexte où chaque décision politique (sanctions russes, MACF, accords gaziers au MoyenOrient) a un impact direct et souvent rapide sur les prix des engrais azotés. Le ratio engrais/céréales étant actuellement défavorable, la vigilance sur les stratégies d’achat, la sécurisation des volumes et l’optimisation des unités d’azote à l’hectare devient un enjeu central pour la campagne en cours.

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